MARSEILLE | Alèssi Dell’Umbria



Marseille Quartier Nord | rocade, cités et Carrefour

Alèssi Dell’Umbria
Le paysage contemporain de la ville de Marseille
revue Agone, 38-39 | 2008
[Nota Bene : hors illustrations]

La lecture du texte qui suit (mais surtout du livre dont il est extrait [1]), par le retour qu’il propose sur ce passé récent, peut nous aider comprendre le sens politique de la destruction actuellement à l’œuvre à Marseille, dont l’emblème est le programme Euroméditerranée, que la rue de République dévitalisée [3] – en novlangue « rénovée » – fait pénétrer jusqu’au cœur du centre-ville.

Paradoxalement, Marseille n’a cessé de s’agrandir tandis que la désindustrialisation continuait et que le chômage grimpait. Les chiffres du recensement de 1954 donnaient 661 000 habitants, ceux de 1968, 890 000, pour culminer à 961 000 en 1975 – un document de la mairie prévoyait alors deux millions d’habitants pour l’an 2000 ! Et les grands travaux publics, impliquant un investissement majeur des finances municipales, avaient fait de la Ville une entreprise à part entière. À la gestion passive des municipalités d’antan, le defferrisme 4 avait substitué l’esprit d’entreprise, à leur laxisme financier le culte de l’excédent budgétaire. De fait, dès 1957, les dettes de la Ville étaient résorbées grâce à une gestion rigoureuse du personnel communal, de la passation des marchés et des services concédés. L’équilibre financier atteint, le PUD (Plan d’urbanisme directeur) avait été établi. Le système defferriste reposait sur une combinaison simple : à la bourgeoisie libérale étaient laissées les questions d’urbanisme, tandis que les socialistes conservaient la mainmise sur la gestion des services municipaux. De 1953 à 1976, le poste d’adjoint à l’urbanisme fut constamment occupé par un élu de la droite libérale, Alexandre Chazeaux, Théo Lombard et enfin Jean-Claude Gaudin.

Tano D'Amico


Ragazza e carabiniere (Uno sguardo) [Roma, aprile 1977]. 


De nombreux visiteurs nous remercient de leur avoir fait découvrir l'oeuvre magistrale du photographe Tano D'Amico, dont ses clichés illustrent nos articles à propos des luttes urbaines et pour le droit au logement, en Italie des années 1970. Nous présentons ici quelques photographies et nous l'assurons de notre plus grande admiration : Grazié Tano ! 


▲ Tiburtina 1977 [Roma, maggio 1977]. 


Architectures du Front populaire


Villejuif,  groupe scolaire Karl-Marx | 1933

Jean-Louis COHEN
Architectures du Front populaire
Le Mouvement social | janvier – mars 1989

La durée est à la base de toute production architecturale appréciable et il y a donc quelque paradoxe à vouloir saisir dans le champ de la construction l'effet d'un phénomène politique tel que le Front populaire, qui ne débouchera guère sur des actions publiques permettant l'essor d'une architecture spécifique. Les inflexions déterminantes en matière de politique de l'habitation et de l'urbanisme sont bien antérieures et correspondent aux lois Loucheur et Sarraut, la « pause » dans les programmes de construction consécutive à la crise ne s'achevant pas avec le Front populaire, mais avec la reconstruction d'après 1945.

SEYCHELLES Socialiste | « Marx au Paradis »




Dans la nuit du 4 au 5 juin 1977, soixante partisans du politicien et premier ministre socialiste France-Albert René, allaient s'emparer du pouvoir avec une étonnante facilité. Il leur aura suffit d'attendre un voyage du président James Mancham, de prendre d'assaut un dépôt d'armes, d'occuper les points stratégiques, dont l'aéroport et les studios de Radio-Seychelles, et enfin d'instaurer un couvre-feu,  pour réussir une révolution “tranquille”, ayant fait deux victimes, un partisan et un policier. Il est vrai que face aux faibles forces de la police – le pays n'ayant pas d'armée -, les putschistes n'ont rencontré guère de résistance pour réussir leur révolution socialiste, plutôt bien accueillie par les classes populaires, condamnée par les vieilles familles de colons, et inquiétant l'État-major américain.

Les Seychelles [1], cette « nation de maîtres d’hôtel », néo-colonisée par les « Tous Riches » en dialecte créole, par un tourisme prédateur, selon les propos du camarade René, allaient devenir une nation dirigée par un parti unique, instituant un régime que l'on peut qualifier de social-démocratie « radicale ». Plusieurs quotidiens du monde entier titraient ainsi à propos de la révolution aux Seychelles : « Lénine au paradis » ou bien « Marx Paradise »...

Avant que les premières mesures de libéralisation de l'économie, imposées par les organismes internationaux en 1992, viennent changer, mais sans le compromettre, le système social ; par la suite, le départ volontaire de France-Albert René et l'arrivée du président Michel en 2004, puis la crise de 2008 achèveront complètement le socialisme « créole » seychellois, néanmoins réélu démocratiquement en 2006 et 2011, mais reniant à présent leurs devoirs envers les plus humbles, condamnant l'assistanat d'hier, faisant au contraire l'apologie de la libre entreprise, et savourant l'arrivée des investisseurs étrangers, dont notamment ceux prodigieusement riches des Émirats Arabes Unis, nouveaux néo-colonisateurs des temps modernes, qui entament méthodiquement, l'exceptionnel héritage du patrimoine naturel, et culturel de ce paradis.

Squats KANAK à Nouméa



Nous publions ici un extrait d'une brochure intitulée Kanaky, un bilan du néo-colonialisme, publiée en 1998, rééditée en 2009 par l’OCL  qui propose un outil destiné à informer les non-Kanak sur la situation de ce peuple en lutte contre l’impérialisme français : « Depuis sa prise de possession par la France en 1853, ce pays est en effet sous domination tant politique, économique, que culturelle. Les Kanak, d’abord dépossédés de leurs terres et parqués dans des réserves puis assujettis à un code de l’Indigénat, se battent de façon organisée depuis près de 30 ans pour l’indépendance. A l’heure où un nouveau statut se met en place, il convient de faire un historique de la lutte kanak, notamment depuis la création du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste) en 1984. »




Hugo Chavez : Tourisme Social et Ecotourisme

Vénézuela : l'archipel Los Roques

L’archipel de Los Roques, au large des côtes du Vénézuela, est un véritable paradis : un atoll corallien aux eaux calmes et cristallines, aux plages de farine blanche, une faune aquatique d'une richesse exceptionnelle ; un chapelet d'îles protégé depuis 1972 en tant que réserve naturelle, afin de le préserver des promoteurs immobiliers et du tourisme de masse. Un sublime archipel qui est fréquenté par une grande variété d'oiseaux marins mais aussi par les plus riches vénézuéliens et la jet set internationale, venant ici mouiller leur luxueux yacht.  Fin 2011, le président Hugo Chavez, décide de "nationaliser" l'archipel  : « J’ai toujours dit que je nationaliserai Los Roques », affirme-t-il ; un territoire qu'il s'agit de libérer de la main-mise  - selon les termes du président - des privilèges de la « haute bourgeoisie » et des élites internationales. 

CHINE | Wukan



Isabelle Zhang
Wukan : un symbole de la résistance populaire en Chine rurale
Contretemps | 2012

Les termes du débat sur l’avenir du système politique chinois sont souvent définis à partir de trois perspectives différentes : certains croient en une transition démocratique impulsée par des mouvements de citadins et d’intellectuels1, d’autres croient en un soulèvement populaire légitimé par les inégalités sociales et la corruption2, enfin certains pensent que l’on pourrait assister à une réforme guidée lentement par les élites du Parti communiste3. Ces trois perspectives portent en elles des visions différentes des racines des tensions et des rapports de force actuels dans la Chine contemporaine. Mais que soient mis en avant la classe ouvrière, les classes moyennes ou les élites politiques en tant que sujet des transformations politiques, un caractère commun à ces trois perspectives est de considérer la ville comme le lieu de changement.

CHINE | Cyberactivisme et Luttes Urbaines




Nicolas DOUAY
Marta SEVERO
Timothée GIRAUD


La carte du sang de l’immobilier chinois, un cas de cyberactivisme
Information géographique |2012

L’objectif de cet article est d’explorer les nouvelles formes de mobilisation sociale en milieu urbain qui utilisent les technologies de l’Internet. Le développement des réseaux sociaux en ligne offre en effet de nouvelles possibilités d’expression et de contestation. Le Web 2.0 se transforme ainsi en un espace public numérique complémentaire de l’espace public physique traditionnel surtout lorsque celui-ci est particulièrement contrôlé.

CHINE 1976 | Organisation Sociale de l'Espace



Micheline Luccioni*
Note sur l'étude de l'organisation sociale de l'espace en chine | 1976
Espaces et sociétés n° 17 | mars-juin 1976

Si l'on ne fait que regarder le cadre bâti nouveau des villes chinoises, ce que l'on découvre ressemble plutôt à ce que l'on est habitué à voir, rien de spectaculairement différent ne nous frappe à première vue si ce n'est que les immeubles ont un air «plus humain » de par leur dimension plus modeste, et,un environnement immédiat infiniment plus verdoyant, planté d'arbres, plus agréable à vivre... Mais enfin, ils « ressemblent » à certains HLM. Comment cela est-il possible, où sont les «formes avancées de l'architecture socialiste » auxquelles consciemment ou non nous nous attendions ?

Kar-A-Sutra



Kar-A-Sutra, 1972

En conclusion de notre article sur le nomadisme hippy, nous évoquions le fait de l'influence majeure de la contre-culture hippie au sein de la société. François Hollande, président de la République française, n'y échappera pas : comme tant d'autres jeunes - futurs - cadres dynamiques, emporté par la vague néo-hippie, il sillonnera l'Europe en communauté à bord d'un J7 Peugeot reconverti, écoutant les Beatles et  Jimi Hendrix. Il sera arrêté en Grèce par la police. La prise de drogue, nécessaire et recommandée pour une  écoute optimale de ce type de musique et de voyage, n'est pas mentionnée dans sa biographie. Plus grave encore, en 1974, François Hollande obtint une bourse de l'école de commerce pour un séjour d'étude aux États-Unis, lui permettant, à nouveau, de  voyager sur les routes de New York à San Francisco...

Roland Barthes | Hippy


Hippies, Bombay


Peut-on imaginer un art de vivre, sinon révolutionnaire, du moins dégagé ? Nul, depuis Fourier, n'a produit cette image ; aucune figure, pour les conjoindre, ne se substitue au militant et au hippy : le militant continue de vivre comme un petit-bourgeois, le hippy vit comme un bourgeois retourné : entre les deux, rien : critique politique et critique culturelle ne parviennent pas à coïncider.


Roland Barthes
Un cas de critique culturelle.
Communications n° 14 | 1969


La ville d'où ces lignes sont écrites est un petit centre de rassemblement pour les hippies, principalement anglais, américains et hollandais ; ils y occupent à longueur de journée une place très animée de la vieille ville, mêlés (mais non mélangés) à la population locale qui, soit tolérance naturelle, soit amusement, soit habitude, soit intérêt, les accepte, les côtoie et les laisse vivre, sans les comprendre mais sans s'étonner. 

Karel TEIGE | Minimum Dwelling




Karel TEIGE
Minimum Dwelling
Via : 
Ross Wolfe

Karel Teige (1900-1951), marxist, one of the most important figures of avant-garde modernism of the 1920s and 1930s, influenced virtually every area of art, design, and urban thinking in his native Czechoslovakia. His Minimum Dwelling, originally published in Czech in 1932, is not just a book on architecture, but also a blueprint for a new way of living. It calls for a radical rethinking of domestic space and of the role of modern architecture in the planning, design, and construction of new dwelling types for the proletariat.  Teige envisioned the minimum dwelling not as a reduced version of a bourgeois apartment or rural cottage, but as a wholly new dwelling type built on the cooperation of architects, sociologists, economists, health officials, physicians, social workers, politicians, and trade unionists.

[Thanks Ross !]


Karel Teige (1900-1951), marxiste, est l'une des figures les plus importantes de l'avant-garde du modernisme des années 1920 et 1930, influencé par tous les domaines de l'art, du design, et de la pensée urbaine dans sa Tchécoslovaquie natale. Son essai Minimum Dwelling [logement minimum], initialement publié  en 1932, n'est pas seulement un livre sur l'architecture, mais aussi un modèle pour une nouvelle façon de vivre. Il appelle à une refonte radicale de l'espace domestique et du rôle de l'architecture moderne dans la planification, la conception et la construction de nouveaux types de logements pour le prolétariat. Teige envisage l'habitation minimum non pas comme une version réduite d'un appartement bourgeois ou d'un cottage, mais comme un type de logement entièrement nouveau construit avec la coopération des architectes, des sociologues, des économistes, des responsables de la santé, médecins, travailleurs sociaux, des politiciens et des syndicalistes. Cet essai  comporte de très nombreuses illustrations présentant les principaux projets de l'architecture moderne dans le domaine de l'habitat. Il est à télécharger dans son intégralité en version anglaise ; le site de Ross Wolfe - spécialiste de l'architecture soviétique - est à visiter... 


Karel TEIGE Minimum Dwelling pdf