France | Manifestations




Danielle Tartakowsky

QUAND LA RUE FAIT L’HISTOIRE
Revue Pouvoirs | 2006


Après la défaite de la Commune, la rue a cessé de faire et de défaire les
régimes. Les manifestations de rue, demeurées susceptibles de faire histoire
au premier chef, en 1934 ou en 1968, tirent du moins leur force de cette histoire antérieure qui les a façonnées. Devenues des vecteurs et des relais d’une histoire dont elles ont capté les vertus émotionnelles ou mobilisatrices, elles s’imposent comme de puissants vecteurs de la mémoire vive, l’occasion d’une brève rencontre entre l’histoire individuelle et l’histoire collective.

En proclamant en 2003 que « la rue ne gouverne pas », Jean-Pierre Raffarin soulignait de facto sa capacité conservée (et à ce titre combattue par lui) à souvent faire politique et, dès lors, histoire, quand même la Rue, cette expression métonymique des insurrections, des révoltes et des révolutions, alors dotée d’une majuscule, a pourtant laissé place depuis longtemps à des manifestations d’une autre sorte, où la rue a perdu son statut de sujet pour devenir espace.

Mixité Sociale


Un immeuble du 19e siècle sans ascenseur : des classes aisées au 1er étage 
jusqu'aux moins fortunés des derniers étages.

Hacène BELMESSOUS
Mixité sociale, une imposture : retour sur un mythe français
Centre de Ressources Politique de la Ville en Essonne | 2006

Est-ce que la notion de mixité sociale a encore un sens ?
Longtemps omniprésente dans les débats se rapportant à la politique de la Ville, elle semble en retrait, désormais, des préoccupations politiques [Nota bene : article écrit sous la présidence Sarkozy ; aujourd'hui le gouvernement Hollande la place au centre de ses préoccupations]. À cela, il n’y a rien d’étonnant, les émeutes qui ont fortement embrasé la France des banlieues populaires en octobre et novembre 2005 ont en effet instauré un climat de défiance à l’égard d’une notion dont on pense qu’elle relève aujourd’hui du vœu pieu. Au reste, il est patent que les tensions qui ont une nouvelle fois gagné les quartiers d’habitat social en octobre 2006 semblent avoir accrédité cette idée d’une France recluse et profondément travaillée par l’apartheid social. L’apparition d’une nouvelle terminologie souligne d’ailleurs ce renversement des intentions politiques puisque la notion de « diversité sociale » est en train de se substituer à celle de « mixité sociale ». Il n’est plus question de faire en sorte que les individus les plus ségrégués de la République se dégagent de cet étouffoir qu’est le huis clos du particularisme socio-ethnique pour rejoindre le champ du possible, en l’occurrence la société du droit commun pour tous, mais plus modestement d’essayer de rendre compte de la « mosaïque » France.

HONG KONG | Self-organising niche architecture


Hong Kong



Une densité urbaine phénoménale, des prix immobiliers en location et à la vente parmi les plus chers du monde, et une pénurie structurelle de logements sociaux : les classes populaires ont investi les toitures terrasses des vieux immeubles du quartier ancien de Kowloon, pour y construire des abris de fortune plus ou moins tolérés par les autorités.  Dans certains cas, la prolifération de ces abris sur certains grands immeubles a créée de véritables petites communautés. Ces constructions précaires sont, le plus généralement, habitées par des salariés, des artisans, des vendeurs ambulants, de nouveaux immigrants chinois, etc. qui disposent d'un salaire régulier ; on y trouve également dans certains cas, des trafiquants de drogue, protégés de la police par un labyrinthe de couloirs étroits et d'échelles dissimulées. Certaines, les plus anciennes, disposent de plusieurs pièces, voire d'un jardin ; tandis que les plus récentes, les plus sordides forment de véritables shanty towns [bidonvilles]. C'est une pratique déjà ancienne, et certaines auto-constructions s'empilent sur deux, voire trois niveaux. 

PALESTINE



Visualizing Palestine est un collectif « ouvert » [open organization] proposant des graphiques illustrant les injustices faites aux Palestiniens, soumis à la politique de ségrégation, d'apartheid, de colonisation, décidée par les plus hautes autorités d'Israël. L'illustration concernant les opérations de démolition et de déplacement de population a été faite en collaboration avec l'organisation non gouvernementale israélienne Icahd, qui s'occupe en particulier de s'opposer aux démolitions abusives de maisons appartenant à des familles palestiniennes, plus de 26.000 depuis 1967. Bien évidemment, les chiffres annoncés dans ces graphiques sont contestés par des internautes sur les forums de discussion : les uns s'énervent de cette propagande antisémite primaire, les autres évoquent des chiffres et situations « sous-évalués ».




Manfredo TAFURI | La crisi come progetto



Felice Mometti
La crisi come progetto
Architettura e storia in Manfredo Tafuri

Nella storia non esistono “soluzioni”. Ma si può sempre diagnosticare che l’unica via possibile è l’esasperazione delle antitesi, lo scontro frontale delle posizioni, l’accentuazione delle contraddizioni. E questo non per un particolare sado-masochismo, ma nell’ipotesi di un mutamento radicale che ci faccia ritenere superati, insieme all’angosciosa situazione presente, anche i compiti provvisori che abbiamo tentato di chiarire a noi stessi.

1. Riconoscimento e oblio

Stano destino quello di Manfredo Tafuri. Considerato, quando era in vita, tra i più importanti storici dell’architettura della seconda metà del secolo scorso, mentre ora – a diciotto anni dalla morte – una coltre di silenzio avvolge la sua produzione ed elaborazione intellettuale. La sua figura suscita una sorta di imbarazzo. Un imbarazzo fatto di riconoscimenti formali e ben più sostanziali inviti all’oblio, alla sospensione del ricordo della sua attività didattica all’Istituto Universitario di Architettura di Venezia e delle sue riflessioni teoriche sul rapporto tra architettura e modo di produzione capitalistico. Sicuramente questo è accaduto in Italia, con l’eccezione di un interessante studio su Tafuri e l’architettura contemporanea[2], un po’ meno nei paesi anglosassoni. Il recente lavoro di Leach[3] ma soprattutto il saggio di Day[4], che ricostruisce i rapporti tra Tafuri e l’operaismo italiano rispondendo anche alle critiche affrettate di Jameson [5], testimoniano un interesse maggiore.

Élisée RECLUS | Géographie Politique




Élisée Reclus* (1830-1905), anarchiste [rappelons la violence des actions du mouvement anarchiste juste à cette époque : crimes et attentats de Ravachol condamné à mort en 1892, assassinat du Président Carnot en 1894 par l'anarchiste Casiéro, etc.], communard de 1871, est considéré comme le père de la géographie sociale et politique ; le prix de ces convictions libertaires, après sa mort, sera le silence et l'oubli, malgré l'ampleur de son oeuvre, superbement ignoré. Une des caractéristiques majeures de la géographie-universitaire, est l'exclusion des phénomènes politiques du champ de ses préoccupations : “ La corporation considère, contre toute évidence, qu'ils ne sont pas géogaphiques et estime que les prendre en compte est la négation d'une démarche scientifique”, affirmait le géographe Yves Lacoste en 1981. Tant il est vrai qu'affirmer ses convictions politiques à la fin de l'introduction d'un livre de géographie physique pouvait choquer cette corporation. Il en serait sans doute encore de même aujourd'hui,   en France tout du moins.

La « lutte des classes», la recherche de l'équilibre et la décision souveraine de l'individu, tels sont les trois ordres de faits que nous révèle l'étude de la Géographie sociale ; écrivait Reclus pour terminer sa préface à son ouvrage majeur L'Homme et la Terre, terminé l'année de son décès en 1905, dont plusieurs chapitres sont consacrés aux villes dont « Horreur et splendeur des villes ». Plus de cent années après, les thèmes qu'il abordait alors, peuvent nous paraître aujourd'hui d'une étonnante actualité. 



VILLES | E-BOMB & GUÉRILLA URBAINE

New York | Block-out total 1965 / 1977 / 2003


Comment rendre inutilisable une ligne de TGV,
un réseau électrique ?

Le comité invisible
L'insurrection qui vient


Le Sunday Times, dans son édition du 9 septembre 2012, annonçait qu'Israël songerait à lancer une frappe IEM – plusieurs bombes à impulsion électromagnétique - contre l'Iran afin de contraindre ses dirigeants à mettre un terme au programme nucléaire. Une telle frappe, interdite par les traités internationaux, pourrait renvoyer l'Iran à l'« age de pierre » selon les experts militaires américains. 

Les métropoles mondiales n’ont jamais été aussi puissantes alors même que leur risque de vulnérabilité n’a jamais été aussi fort et aussi grand ; leur approvisionnement en électricité est l'un de leurs points névralgiques. Les Etat-majors militaires le place au centre de leurs recherches – les bombes à impulsion électromagnétique (IEM ou EMP electromagnetic pulse) –, de leurs stratégies – démoralisation des habitants -, mises en pratique notamment en Irak. En considérant les dernières guerres engageant un ou plusieurs pays de l'Occident, l'on constate cette même stratégie s'appuyant sur le concept de paralysie qui consiste à priver d'électricité les grands centres urbains, en prenant pour cibles, selon le degré de paralysie souhaitée, les centrales électriques, les transformateurs ou le réseau de distribution, ou tous à la fois.

Chine | DAZIBAO



Le dazibao - ou tatzupao – est selon Mao Zedong,  l'une des « armes stratégiques » de la Révolution culturelle pour l'initier, et « l'arme tranchante de la Révolution » pour faire participer et élever autant le niveau de conscience des masses populaires que celui des intellectuels. Pendant trois années (1966-1969), les murs des villes, des communes rurales, des universités et des lieux de production se couvrent de dazibao subversifs rédigés en commun par des comités « révolutionnaires » d'ouvriers, d'étudiants et d'universitaires, de paysans, des affiches en grands caractères parfois illustrées compréhensibles et accessibles au plus grand nombre. Les masses s'adressent ainsi - directement - aux masses, l'un des principes politiques fondamental de la pensée de Mao. Puis, après la Révolution, Mao assignera au dazibao un rôle tout aussi important, mais s'inscrivant dans sa ligne politique, un instrument de pure propagande officielle, critique mais n'ayant plus guère de caractère subversif, et pouvant apparaître parfois comme un procédé de délation, voire un exercice obligatoire. La fin du dazibao s'opère en 1989, les étudiants insurgés contre le régime lui préfèrent, sans l'abandonner, la communication visuelle, celle des médias télévisuels. 





CARNAVAL


Pieter Brueghel l'Ancien | Le Combat de Carnaval et Carême | 1559

Cette époque qui se montre à elle-même son temps comme étant essentiellement le retour précipité de multiples festivités, est également une époque sans fête. Quand ses pseudo fêtes vulgarisées, parodies du dialogue et du don, incitent à un surplus de dépense économique, elles ne ramènent que la déception toujours compensée par la promesse d'une déception nouvelle.
Guy Debord

Carnaval | Villes en Folie


Carnaval, culture populaire et urbaine, n'était pas seulement divertissement, liberté impunie de moeurs ou débordement salutaire, concédés aux "mauvais penchants" de la nature humaine. Carnaval comme son ancêtre la fête des Fous, étaient, par le rire et la parodie, capacité perpétuelle de postuler un monde divers et nouveau, et jusqu'à la Renaissance, était l'expérience du "monde renversé" où disparaissent pour un temps les hiérarchies sociales, où étaient parodiés et ridiculisés sur la place publique les puissants et les gens d'Église. 


VENISE | Biennale 2012 Sociale

«Torre David», installation primée de Urban Think Tank & Justin Mc Guirk.


Pour cette édition 2012, la Biennale de Venise d'architecture, l'événement le plus important et le plus prestigieux d'architecture contemporaine, est placée sous un thème social, « Common ground » [«terrain d’entente»], décliné par des architectes d'une cinquantaine de pays. Ce rendez-vous international de la profession, des concepteurs stars aux étudiants, n’est pas un congrès, mais  un panorama mondial de la discipline ouverte pendant trois mois au public. Le commissaire de la Biennale, l’architecte britannique David Chipperfield, en choisissant cette thématique a impulsé une volonté louable de tenter de rompre avec l’archi star-système, de dépasser formes ou styles des bâtiments, de ne plus crier au génie créateur mais d’appeler au talent individuel mis au service de valeurs communes, d’actions sociales et politiques, dans un espace public qui serait plus partagé, plus humain.         Mais.

MARSEILLE | €uro-Méditerranée

MARSEILLE : UMP - PS, côte à côte: 2 musées au même endroit...


 La Marseille des grandes réalisations, des beaux espaces publics, des opérations urbaines emblématiques se fait au détriment d’une périphérie singulièrement dépourvue de politique urbaine et d’équipements. Ainsi en condamnant à l’exode périphérique la population la plus pauvre du centre ville, le risque est grand de voir deux villes qui cohabitent, et qui demain pourraient bien s’affronter si la crise perdure. Les réfugiés, de plus en plus nombreux au fur et à mesure de l’avancement des travaux, se retrouveront dans les quartiers les plus "difficiles" de la ville.

Laboratoire Urbanisme Insurrectionnel | 2008



Marseille : l'actualité récente concernant une recrudescence exceptionnelle de la criminalité liée à différents trafics illicites - dont celui de la drogue -, se répercutant sur la délinquance au coeur des "zones de non-droit", c'est-à-dire les cités d'habitat social, voire pour certains, sur l'ensemble de la cité phocéenne, interroge les politiciens sur les différentes possibilités d'intervention pour mettre fin à ce qu'ils considèrent comme un véritable fléau. L'intervention des forces armées est évoquée, prouvant ainsi le degré de gravité d'une situation, qui loin d'être inédite, s'aggrave depuis plusieurs années. Pour expliquer une telle activité, les observateurs évoquent la pauvreté structurelle, un taux de chômage écrasant, et notamment pour les plus jeunes sans qualification, tandis que d'autres stigmatisent les grands ensembles d'habitat social.


STARchitecture | Marketing Urbain

Jean Nouvel | Image Grand Paris


À cet égard, les « grands gestes » que l’on attend des architectes 
en haut lieu constituent autant de bras d’honneur, si l’on peut dire, 
aux désirs des habitants. 

Jean-Pierre GARNIER

NE PAS SE TROMPER DE CIBLE

ERES | Espaces et sociétés
2011/3 - n° 146

L’intitulé du dernier ouvrage de l’anthropologue urbain italien Franco La Clecla* est quelque peu intrigant voire provoquant, à l’image du reste du livre, polémique à souhait. Un intitulé paradoxal si on le réfère au contenu. L’auteur, qui a une formation d’architecte et collabore avec nombre de représentants, parmi les cotés, de cette discipline, n’est évidemment pas contre l’architecture ni même contre les architectes, mais contre une certaine architecture, et certains architectes. Ce qu’il stigmatise avec brio, ce sont « les fourvoiements d’une profession, qui [selon lui] ont dénaturé sa fonction ». Au fil de ses indignations, perce, en fait, un plaidoyer fervent en faveur de l’architecture et des architectes qui ont su, selon lui, rester – ou pourraient revenir – dans le droit chemin : s’occuper d’abord des habitants, et non se contenter de complaire à leurs commanditaires indifférents aux demandes de ces derniers. « J’ai cru à la possibilité de transformer le monde rien qu’en le redessinant », confie l’auteur dans une lettre à un ami qu’il lui arrive de conseiller, l’architecte Renzo Piano. Une croyance avec laquelle, quoi qu’il en dise, Franco La Cecla n’a pas tout à fait rompu. Il demeure, en effet, persuadé que l’architecte peut, sinon transformer le monde, du moins grandement l’améliorer. À condition de ne pas suivre la voie empruntée par les « archistars ».


SARAJEVO | Forum Mondial du Capitalisme Urbain




Durant quatre jours, du 6 au 9 septembre 2012, Sarajevo sera la capitale mondiale de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. Sarajevo accueillera le premier Forum Mondial consacré à l’avenir de la civilisation urbaine. Bertrand Delanoë, maire de Paris et Jean-Paul Huchon, président de la région Ile de France seront présents à la tête de délégations de maires d’Ile de France, d’architectes, d’urbanistes et d’experts de renommée mondiale, et d’entreprises [1].

Cette manifestation à l'énoncé pompeux  présentera, par l'éventail des personnalités invitées, l'apothéose des tendances rétrogrades et conservatrices du monde de l'urbanisme et de l'architecture, financée par une concentration de multinationales – Bouygues, Vinci, Veolia, etc. - dont l'histoire est souillée d'une multitude de scandales financiers, d'affaires de corruption avérées, de privatisations de services publics, etc., faisant toutes l'objet aujourd'hui, de sévères mises en accusation mettant en cause des politiciens, de procédures judiciaires en France, et dans la plupart des pays "émergents" où elles sévissent, elles se trouvent confrontées à des grèves de leurs salariés, et au mécontentement des populations.  L'avenir "radieux" de la Ville, ainsi  imaginé par un tel rassemblement, sera donc placé sous l'hégémonie d'un capitalisme destructeur, et sous l'égide du cynisme intellectuel des "experts", encouragé par une classe politicienne acceptant la défaite de la question sociale au détriment de la politique des choses mise en place par les lois du profit. 


La Havane | Protesto-Drome





Du rôle Révolutionnaire 
d'un ensemble urbano-architectural. 

Faisant face au seul bâtiment représentant les USA à La Havane, la tribune anti-impérialiste José Marti, le Protestodromo, constitue un excellent exemple d'urbanisme et d'architecture - unique au monde - devant servir comme il se doit, la propagande de la révolution, et s'opposer aux provocations contre-révolutionnaires des USA.  Nul autre lieu à La Havane, n'aurait pu aussi magistralement symboliser la lutte contre le capitalisme et l'impérialisme. 


En 1952, l'ambassade des Etats-Unis est construite sur le célèbre Malecon, la très belle baie de la Havane, face à la "Plaza de la Dignidad", la place de la Dignité. Paradoxal, car Cuba colonisée par la Mafia, n'est plus qu'un satellite  à moins d'une heure en avion de la Floride, offert aux divertissements sexuels, à la prostitution, aux casinos, tandis que les entreprises américaines entretiennent l'esclavagisme des populations rurales.